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Staff Benda Bilili

biographie

Que Staff Benda Bilili ne ressemble à rien de connu, c’est peu dire. Imaginez un orchestre de paraplégiques, imaginez qu’ils vivent dans la rue, imaginez que leur salle de répétition soit le jardin zoologique de Kinshasa (Congo). Ecoutez la force, la délicatesse, la stupéfiante beauté de leur musique. Sentez la pulsion de la rumba kinoise éternelle. Vibrez avec ces voix qui rassemblent des éclats de toute la diaspora: les crooners de la Havane, les toasters de Kingston, the Godfather of Soul himself.


Le cÅ“ur du groupe est constitué de quatre chanteurs / guitaristes d’âge mûr, juchés sur des tricycles spectaculairement améliorés, se glissant parfois sur le sol pour danser, les bras levés en signe de joyeuse supplication. Derrière eux, une section rythmique juvénile et entièrement acoustique. Pour agrémenter le tout, les interventions d’un jeune prodige de 17 ans sur un luth électrique à une corde qu’il a inventé et construit lui-même à partir d’une boîte à conserve.

Benda Bilili signifie « regarde au-delà des apparences » – littéralement « mets en valeur ce qui est dans l’ombre »


L’environnement

On dit que Kinshasa héberge plus de quarante mille enfants de rue, ou shégués. Certains voient dans cette appellation un hommage aux enfants-soldats qui accompagnaient Laurent-Désiré Kabila lors de sa prise de Kinshasa en 1997, et dont les allures de guerilleros, de shé-Guévaras, avaient fait forte impression sur ces enfants de rue… mais l’histoire a peut-être été inventée de toutes pièces pour rappeler que LD Kabila et le Che furent compagnons d’armes dans les années soixante. Fuyant la pauvreté des banlieues, les accusations de sorcellerie et autres violences familiales, les shegues se regroupent au centre ville où ils exercent toutes sortes de petits métiers: cireurs de chaussures, guardiens de parking, marchands ambulants – pilules, criquets rôtis, noix de cola, cigarettes… on les voit slalomer sur le boulevard entre les 4×4 de luxe, les véhicules blindés de la Monuc, les taxis antédiluviens, et aussi d’étranges tricycles cent fois rafistolés conduits par des pilotes intrépides.


Lorsque les handicapés furent dispensés de payer leurs taxes dans les années 70, beaucoup d’entre eux aménagèrent leurs véhicules de façon à pouvoir transporter des marchandises et pratiquèrent l’import-export entre Kinshasa et Brazzaville, de l’autre côté du fleuve. Derrière les shégués, les handicapés forment la plus grande communauté d’exclus du centre ville. Regroupés depuis l’époque coloniale autour d’un foyer situé entre l’hopital général et le zoo, ils sont réputés plutôt abrupts, imperméables aux tentatives d’intimidation, relativement instruits, et organisés en un syndicat puissant qu’on appelle Plateforme. Beaucoup de shégués bénéficient de la protection et des conseils des handicapés.


Le leader et fondateur du groupe est le chanteur Ricky. A 55 ans, il maintient le groupe en vie grâce à son énergie et son ingéniosité. C’est une autorité dans le quartier, impliqué dans toutes sortes d’affaires. Aujourd’hui rangé des voitures – si l’on peut dire – il se poste à la sortie des boîtes chic de Kinshasa avec son tricycle, transformé en magasin roulant, et vend des cigarettes et de l’alcool. Il travaille aussi à l’occasion comme mécanicien et tailleur. Il couche souvent dans la rue sur des tonkara (cartons), mais inexplicablement parvient toujours à s’habiller avec beaucoup de classe: « Un homme doit être suka (élégant) ».


Coco a 50 ans. Il chante, joue de la guitare et compose une bonne partie des chansons du groupe. Son tricycle customisé est une véritable Å“uvre d’art mais comme il n’a pas souvent les moyens d’acheter de l’essence il est toujours accompagné de deux ou trois shégués qui le poussent dans les rues défoncées en échange de nourriture. Coco est très costaud, il a travaillé comme charpentier et gagne régilèrement des championnats de bras-de-fer. Ses sept enfants vivent dans une lointaine banlieue mais il ne les voit que le week-end, quand il revient à la maison avec l’argent.


Theo, le chanteur soprano, est un fan de James Brown et Bob Marley, ce qui dans un pays où l’autarcie culturelle a été érigée en dogme pendant 30 ans, signale une appartenance à la classe aisée. La chute de Mobutu en 1997 a ruiné sa famille. Précipité dans la rue, il est devenu électricien, un métier qui à Kinshasa suppose des pouvoirs quasi-magiques et consiste principalement à « redistribuer » le courant électrique au moyen de longs câbles qu’on fait passer le long des caniveaux entre les maisons, la nuit.


Roger a 17 ans, c’est un ex-shégué que Ricky a pris sous sa protection. Il a inventé un instrument qu’il appelle satongué et qui consiste en une corde de guitare tendue entre le tympan d’une boîte à conserve et un arc en bois,  dont le mouvement modifie la tension de la corde et crée ainsi des mélodies. Roger rôdait autour de Staff avec son instrument, un jour il s’est mis à les accompagner de loin. Frappés par son talent, les membres du groupe ont entrepris de lui apprendre des structures, des accords, des mélodies. En peu de temps il est devenu un virtuose; aujourd’hui, toujours à partir du même instrument, mais électrifié, il se lancer dans des improvisations dignes d’un authentique guitar hero.


Staff Benda Bilili

Ricky Likabu: leader, chant

Coco Ngambali: chant, guitare

Theo Nsituvuidi: chant, guitare

Djunana Tanga-Suele: chant

Kabanba Kabose Kasungo: chant

Paulin ‘Cavalier’ Kiara-Maigi: basse

Roger Landu: satonge, chant

Cubain Kabeya: batterie congolaise, chant

L’album


Le premier album de Staff Benda Bilili a été réalisé par Vincent Kenis, le producteur de Konono N°1, Kasaï Allstars et la série Congotronics. Les titres ont été enregistrés en plein air, notamment dans les jardins du zoo de Kinshasa, à l’aide d’un ordinateur portable MacBook, d’une douzaine de micros (dont l’un fut utilisé par Jacques Brel, ce qui a fortement impressionné Ricky), et d’un câble secteur de 100m connecté frauduleusement à la prise d’une buvette désaffectée.


Staff Benda Bilili se considèrent comme les véritables journalistes de Kinshasa: leurs chansons décrivent et commentent la vie quotidienne des gens mais aussi donnent des conseils. L’une d’elles se fait l’avocate des campagnes de vaccinations contre la poliomyélite, une autre clame que les véritables handicaps ne sont pas ceux du corps, mais ceux de l’âme…  (voir textes plus bas)


Les images

Les vidéos qui figurent en bonus sur le CD (de même que les photos qui illustrent la pochette et le livret) sont signées Belle Kinoise, alias Florent de la Tullaye et Renaud Barret, qui ont découvert le groupe à Kinshasa pendant le tournage de leur film « Jupiter’s Dance ». Florent et Renaud filment Staff Benda Bilili depuis 2005, et préparent un long-métrage exclusivement consacré au groupe. La vidéo « Polio » a été tournée pendant les séances d’enregistrement de l’album. « Tonkara » nous montre le groupe répétant dans la rue, tandis que « Staff Benda Bilili » (bande annonce du futur long-métrage) résume l’histoire du groupe en 2:35.


Les premiers fans

En novembre 2007, Staff Benda Bilili a été présenté à un groupe de musiciens internationaux qui visitaient Kinshasa dans le cadre de l’association Africa Express. Le groupe a conquis Massive Attack, jammé avec Damon Albarn, rappé avec De La Soul. Voici un compte-rendu de cette rencontre, publié dans le magazine anglais The Independent:


C’était un moment parfait, qui résumait tout ce pour quoi le voyage d’Africa Express au Congo avait un sens: quelques-uns des musiciens les plus respectés d’Afrique et de l’Occident jammant avec Staff Benda Bilili, un orchestre formé de paraplégiques sans domicile fixe vivant dans les jardins du zoo de Kinshasa. Improvisée, chancelant parfois au bord du désastre, leur musique n’en était pas moins inspirée (…) Les musiciens se balançaient en rythme dans leurs antiques fauteuils roulants, entourés de gamins qui dansaient. Une musique douloureusement belle, créée dans l’adversité la plus terrible. Robert del Naja [Massive Attack], visiblement ému: « C’était beau… ne fût-ce que pour les entendre, ça valait la peine de venir jusqu’ici ».


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